Dimanche 28 septembre, 6 h du matin. Le thermomĂštre affiche 5 degrĂ©s, la forĂȘt dort encore.
Sous la lumiĂšre des frontales, les premiers pas sâĂ©lancent dans la nuit.
Câest parti pour 46 kilomĂštres, 700 mĂštres de dĂ©nivelĂ© positif, 7 terrils et un chevalement minier â un dĂ©fi que jâattendais avec excitation depuis des semaines.
đŻ Un trail âlocalâ, mais un vrai dĂ©fi
Si jâai choisi ce trail, câest avant tout parce quâil se dĂ©roule tout prĂšs de chez moi, dans un dĂ©cor que je connais bien. Un parcours exigeant mais abordable, parfait pour tester mes limites : un dĂ©nivelĂ© raisonnable, un enchaĂźnement de montĂ©es de terrils, et ce symbole fort du patrimoine minier.
Ces derniĂšres semaines, jâai multipliĂ© les longues sorties dans cette mĂȘme forĂȘt.
Je travaillais le dĂ©nivelĂ©, la rĂ©sistance, et surtout la nutrition â mon point faible.
Ă lâentraĂźnement, jâarrivais Ă accumuler entre 700 et 800 mĂštres de D+ sur moitiĂ© moins de distance. Je me sentais prĂȘt, sans objectif de chrono, juste celui de terminer dans les meilleures conditions.
⥠Un dĂ©part dans le noir, lâexcitation dans le ventre
Toute la semaine, jâĂ©tais surexcitĂ©. Ce mĂ©lange dâimpatience et de peur qui prĂ©cĂšde les grandes aventures.
Le dĂ©part se fait dans le noir complet, frontale vissĂ©e sur la tĂȘte.
DĂšs les premiers mĂštres, on attaque les terrils â et forcĂ©ment, ça bouchonne un peu. Mais lâambiance est bonne, chaleureuse. Jâai la chance de courir avec mon ami Alexandre, et trĂšs vite, on trouve notre rythme.
Le soleil se lĂšve sur la forĂȘt, les premiers rayons percent la brume. Le terrain est humide, parfois boueux, et quelques glissades viennent rappeler que la vigilance reste de mise. MalgrĂ© ça, le plaisir est lĂ , pur et simple : courir dans la nature, se sentir vivant.

đ§± Le mur du 32e kilomĂštre
Tout allait bien⊠jusquâau 32e kilomĂštre.
Câest lĂ que le corps a commencĂ© Ă dire stop. Les jambes lourdes, dures comme du bĂ©ton, le plat interminable de la forĂȘt, et cette impression de ne jamais en voir la fin.
CâĂ©tait le vrai combat : le corps voulait ralentir, le mental refusait.
Heureusement, Alexandre et moi avons rĂ©ussi Ă nous tirer vers le haut, Ă nous challenger. Ce sont ces moments qui forgent : quand la tĂȘte prend le relais, que chaque pas devient une victoire.

đ Nutrition, gestion et mental
CĂŽtĂ© nutrition, jâai appliquĂ© ma routine dâentraĂźnement : une flasque de 500 ml dâiso, gels, compotes, quelques oranges et un peu de coca sur les ravitos. Rien de nouveau, mais une meilleure gestion que sur mes prĂ©cĂ©dentes courses.
Jâai encore du mal Ă avaler les gels sur la fin, mais je progresse.
Et dans les moments durs, je pense Ă mes proches.
Je me rĂ©pĂšte que je suis un combattant, que je nâabandonne pas. Cette phrase me porte, encore et encore.
đ Une libĂ©ration Ă lâarrivĂ©e
La ligne dâarrivĂ©e, enfin.
Une libĂ©ration plus quâune explosion de joie.
Les jambes ne rĂ©pondent plus, mais la tĂȘte flotte dans un mĂ©lange de fiertĂ© et de soulagement.
Oui, jâai mal. Oui, jâĂ©tais au bout.
Mais jâai fini. Et Ă ce moment-lĂ , jâai ressenti cette sensation unique : celle dâavoir accompli quelque chose de grand, dâavoir repoussĂ© mes limites.
Pendant deux ou trois jours, les courbatures mâont accompagnĂ©, mais aujourdâhui le corps rĂ©cupĂšre bien.
đĄ Les leçons de cette course
Ce trail mâa appris beaucoup.
Dâabord, quâĂ partir de ce type de distance, le renforcement musculaire devient indispensable. Des jambes solides, prĂ©parĂ©es, font toute la diffĂ©rence sur la fin.
Ensuite, que la nutrition reste un pilier Ă travailler â avant, pendant et aprĂšs lâeffort.
Et surtout, que le mental est une arme puissante : câest lui qui mâa portĂ© quand les jambes refusaient dâavancer.
đ Et maintenant ?
Je sais aujourdâhui que je ne suis pas encore prĂȘt pour un 85 km, ni pour la Maxi Race.
Mais je sais aussi exactement oĂč progresser.
Renforcement, endurance, nutrition⊠les axes sont clairs.
Et surtout, la détermination est intacte.
Parce quâau fond, câest ça, le trail : avancer, apprendre, tomber, se relever, et repartir encore plus fort.
Rien nâest impossible, il suffit dâun pas pour recommencer.
